par Christian Vessaz
Un projet fou, un peu utopique.
Trois ans et demi de recherche, d’expérimentation et de travail pour un vin unique.


Tout commence au printemps 2008, Christian Vessaz & Etienne Javet posent les bases d'un projet fou et ambitieux; élaborer ensemble un grand vin rouge.

Si l’idée semble simple, la réalisation prendra beaucoup de temps pour satisfaire pleinement les deux vignerons. Montrer qu’il est aussi possible de faire de grands vins rouges, offrir plus que du vin tel fut le leitmotiv permanent de l’aventure.

Le raisin du millésime 2008 est encavé à l'automne et élevé pendant une année. Le résultat, certes très bon n’était pas encore à la hauteur, l’ouvrage est remis sur le métier l'année suivante.

La vendange 2009 est hors-norme, la plus belle année à rouge. Une récolte choisie de 800 kg de Gamaret, 600 kg de Malbec et 400 kg de Merlot à maturité parfaite prendra cette destinée. Tous ces raisins proviennent de Môtier, le Merlot de Javet & Javet et les autres raisins du Cru de l’Hopital. Les rendements sont maîtrisés entre 600 à 800 g/m2, la date de récolte est optimisée pour chaque parcelle.







Le mot d’ordre de la vinification est la recherche de concentration. Passerillage pour une part du raisin (le Merlot et un tiers du Gamaret) pour concentrer les arômes, macérations et fermentations en barriques ouvertes (technique qui permet d’extraire plus de tanins et donner des vins plus denses), saignées pour concentrer les tanins et le corps ont marqué le début de la vinification.

Un élevage de 18 mois en fûts de chêne neufs donne naissance ensuite à des vins monocépage de grande classe.

Alors que l’on pourrait craindre l’excès de concentration quand on découvre les techniques de vinification, les vins se dévoilent tout en élégance. Le terroir du Vully et sa molasse gréseuse a fait ressortir le fruit du vin et sa fraîcheur. La concentration tannique et son acidité présente font de ce vin un vin de garde, à déguster encore lors de la prochaine décénie.







L’assemblage est ensuite réalisé pour rechercher la plus grande complexité. De nombreux essais, une élimination drastique des parties les plus faibles, la recherche de l’addition des meilleurs éléments. L’art de l’assemblage est une composition parfois complexe.

La mise en bouteilles est faite en août 2011 à la main, le choix de la bouteille très large ne permettant d’utiliser les moyens mécaniques. Une filtration légère a permis de rendre le vin cristallin.

L’habillage suivra avec la difficile pose de la cire et la mise en carton, en écrin devrait-on dire…








par Antoine Javet, graphiste.



C'est de la dégustation du vin que nait l'étiquette. Uniquement. Mon intuition transpose le vin en image. C'est mon rôle et c'est ma force.

Si la première cuvée était hésitante, mon étiquette fut hésitante.
Au fil de la vinification, le vin s'affirmait et gagnait en profondeur: la seconde étiquette pris du volume.

L'expression tout en retenue de cette cuvée influence l'étiquette. Manque de chaleur, manque d'amour!

Reversement de situation. La seconde cuvée me révèle surtout ses fruits. Mon étiquette gagne en légèreté. Mais mon nez et mon palais se perdent dans le fruit et la jeunesse du vin.
Il y a trop de racontards dans cette quatrième étiquette.

Tabula Raza. Nouvelle dégustation, dans le silence. Seul le vin parle, je l'écoute, voici l'étiquette définitive venir en moi.

Tout le reste n'est que travail mécanique. l'ordinateur me permet d'extraire le trait de ma pensée.









par Antoine Javet, graphiste.



6 bouteilles: Le seul moyen d'accéder à PREMIER. Comme pour un opéra, il faut un prologue (l'habillage), une mise en abîme (le déshabillage) et un noeux dramatique majeur (le vin).

Jouer avec les codes: pour un grand vin, la caisse en bois est de rigueur. Mais le bois enserre raidement les bouteilles. Il faut de la douceur et du mystère.

Pour la douceur, un revêtement intérieur en velour et une robe de soie pour chaque bouteille.
Pour le mystère, le noir profond du velour et du papier de soie.




A l'extérieur: contraste. Simplicité et dépouillement des matières: le carton imprimé d'une seul teinte.
A la précision réfléchie et strictement orchestrée de l'étiquette s'oppose le geste organique du dessin du carton.








par Christelle Egger, couturière.



Août 2011, le trio me présente le projet. J'ai tout de suite été partante.

Je suis en dernière année de formation de couturière. Réaliser ce projet, c'est accepter de travailler tous les soirs et le week-end en dehors de ma formation, dans mon atelier. La charge est grande, mais je me lance!

Pour ce projet, j'imagine un vêtement de soirée en rapport avec le vin. Je dessine une robe qui représente PREMIER. L'idée de jouer avec le noir et le rouge me plait et sera mon point de départ.

Pour le tissu, je choisi un "Taft Changeant Noblin" idéal avec ses reflets noir sur le rouge: avec ses jeux de lumière il ressemble à la couleur du vin.


"Pour déguster une bouteille, il faut enlever le bouchon, pour déshabiller une femme, il faut ouvrir la fermeture éclaire"


Quelque chose manque encore; je crée un bolero légèrement dominant. La base du bolero est le même tissu que la robe. Je place par-dessus une dentelle structurée de couleur noir qui rappelle le feuillage de la vigne.


Deux dames assureront le service. je les rencontre pour prendre leurs mesures personnelles et réalise ensuite les patrons. Chaque dame a sa robe, il y a donc 2 robes différentes réalisées à leur taille.

Je coud d'abord chaque pièces en toile fine, pour ensuite faire un essayage. Après les corrections et retouches sur les patrons, je commence la confection des tenues.


Le 6 novembre, je présente ma création à Christian, Etienne et Antoine. A part un croquis sur papier, ils n'ont pas guidé mon travail, ils découvrent les robes 4 jours avant les soirées de dégustation.